Lilly Cherry's Oblivion
Ma journée de (la) femme

J’écris que (trop) rarement sur les faits de société. La vérité est que je préfère ne pas gueuler. Tellement de choses à dire et à redire, que je préfère laisser tout cela fermenter. Mais en cette journée internationale de la femme, je décide de témoigner. 

Je ne sais même pas quand cette Ladies’ day a vu le jour. Quelle honte penserez-vous. Sauf que moi je suis à des années lumières futuristes de cette journée rétrograde. Pourquoi UNE journée ? Les 364 autres jours de l’année, nous femmes, serions-nous donc condamnées ? Oui, condamnées à porter ces menottes dont la société a bien voulu nous affliger. Par société, entendez les personnes du sexe masculin comme féminin. Car, comme la prestigieuse Nathalie Portman dans Black Swan, chaque femme doit le savoir, “ton pire ennemi, c’est toi-même”… ou ta voisine, ta copine, enfin bref LA Femme.

Cette journée est d’une telle stupidité que je ne saurais la qualifier. Pour vous le prouver, il n’y a qu’à consulter la liste exhaustive des journées internationales officielles qui sont d’un pathétisme relevant d’un sérieux cas clinique : Journée mondiale des zones humides (ouais, celle-là aussi c’est pour nous, quand nous mouillons), journée mondiale du lavage des mains (Oui mesdames, on ne se caresse pas le minou les mains sales ce jour-là), Journée mondiale de la serviette (les tampons, c’est moche !!), et j’en passe… Enfin bref, l’Homme, que dis-je, la Femme a la mémoire si courte qu’il vaut mieux nous rappeler qu’on a le droit de revendiquer. Mais quoi exactement !?

Je ne suis pas…

Exploitation, discrimination, violation, dévalorisation, soumission… Mais surtout VICTIMISATION. Là, j’en ai une belle. 

Célibattante, oh comme tu es amusante !

Tu te dis indépendante, intelligente et battante,

Mais tu es tout simplement agaçante !

Arrête donc de justifier

Qui tu es.

Tu sais ce qu’il y a de plus drôle dans une situation passagère ? Ben c’est qu’elle est passagère. Tout comme les états qui lui sont apparentés. Donc, reste indépendante et battante, mais surtout intelligente avec du bon sens. N’accuse pas l’homme de grands mots (célibattante) maux que tu aurais créés. 

Je ne suis pas féministe…

Cette construction de la femme qui se veut loin de l’homme me fait bien sourire. Dans mon cas, avec un homme en haut, un devant et un derrière (mon père et ses fils, sans le Saint-Esprit), j’ai eu le temps de les critiquer, mais surtout les apprécier sans chercher à m’y comparer.

Si il est clair que sans eux, nous pouvons nous débrouiller, ensemble nous pouvons surtout nous entraider. Comme ma mère me l’a souvent dit “Le nivellement par le bas, pour toi, n’existe pas”.

Donc ma lady, ne te dévalorise pas

Avec ces goujats et ces nanas

Qui n’avancent pas d’un pas,

Tu vaux bien plus que ça.

“Derrière chaque grand homme, se cache une femme” dit le veille adage. Moi je dis que “De l’origine de la Femme, il y a l’homme”. Là, au moins c’est prouvé. Cela dit,

Si un jour tu as l’idée de te mettre en avant,

Dis-toi que, tu n’as pas leur bel appendice apparent.  

Je ne suis pas féministe et j’aime la banane…

Ce matin, j’ai entendu Anne Roumanoff à la radio. Elle faisait un gag en appelant des sociétés de plomberie pour savoir si elles appliquaient la parité. Bon, vous vous doutez bien des réponses. C’était censé nous faire rire… Mais quand j’y repense, malgré tout son talent d’humoriste, elle ne m’a pas fait rire, pas même sourire, mais elle m’a bel et bien fait réagir. 

Je ne sais pour quelle raison, pour son sketch, Anne Roumanoff a pris la voix d’une femme afro-antillaise. Et oui ! Après tout, quoi de mieux qu’une “Mama-doudou” pour brailler la cause des femmes en cette douce journée !? Les mains sur les hanches, des attributs sexuels à en revendre, elles savent parfaitement se faire entendre ! 

Arrêtons les clichés ! Malgré l’archétype de la femme afro-antillaise dans lequel l’Homme occidental caucasien a bien voulu nous mouler (Femme élevant seule ses enfants et/ou cocufiée), moi qui suis antillaise, comme ma mère l’est, et ma grand-mère aussi, jamais nous avons eu besoin d’une journée pour nous identifier.

Fanm doubout, Fanm chatègne, Poto mitan, j’en ai vues, côtoyées, embrassées, voire même admirées, mais jamais je ne me suis égarée. Femme je suis, femme je resterai (avec un homme à mes côtés j’ose espérer).

Je ne suis pas féministe, j’aime la banane et je suis noire…

Je reste sur la condition de la femme noire. Car oui, tant qu’à faire, s’il faut écrire pour les femmes aujourd’hui, autant que cela serve aussi les miennes. Après avoir écouté Anne Roumanoff (dont, je tiens à le préciser, je n’accuse aucunement de racisme), il a fallu que je m’assène un coup de poignard en tombant sur l’article “Quelle représentation se fait l’homme blanc de la femme noire ?” . Je ne l’ai pas lu, ni même entre-lu. Comme je m’en doutais, la conclusion suffisait : “L’homme blanc fantasme sur la femme noire […] car homme et femme noirs dans ce stéréotype sont tous deux dotés d’une sexualité débridées.” (Ça rime tellement c’est vrai…)

Apparemment comme c’est aujourd’hui qu’il faut rappeler la parité, je profite pour en rappeler un autre : ÉGALITÉ. Oui, entre femmes blanches et femmes noires. Et devinez ! La femme noire en plus d’être fortement fessue et tétue, elle a un cerveau. Je sais, ça fait un choc. Désolée de vous l’apprendre aussi brutalement. La bande de Christophe Colomb s’était trompée. Rohlala ça arrive à tout le monde ! Ne vous inquiétez pas, on s’en remet. 

Je ne suis pas féministe, je suis noire DONC j’aime la banane, mais pas que(eue)…

Plus tard, j’ai tweeté. Un Agneau nous a demandé de façon bien Pimentée, pourquoi nous avions besoin de cette journée pour nous sentir belles. 

FLASHBACK - Mais avant tout, je tiens à préciser que certaines sont moches et le resteront.

C’est la journée de la jupe, ma mère s’habille en pantalon tailleur. Oh My God !!! Comment a t-elle osé ? Ben tout simplement ainsi : “C’est la journée de quoi ? De la Jupe ? Et celles qui ne peuvent pas mettre de jupe !? Tchiiip !” Oui je vous le redis, ma maman est antillaise et avec un mot, un seul, le dernier, tout est dit. Dans la même mesure qu’une femme respectée n’est pas une femme en pantalon, une femme irrespectueuse n’est pas une femme en jupe.

Donc si tu veux te sentir belle, désirée et appréciée,

Ta personne en toute modestie tu sauras valoriser,

En n’attendant pas toutes ces journées qui te sont imposées. 

Je suis… Lilly Cherry